Mardi 4 décembre 2007
Il me semble intéressant de travailler sur Dallas, toutefois,
c'est une série qui a 30 ans! Aussi
intelligente soit-elle (parce qu'elle l'est),
elle est à la fois miroir, révélatrice et annonciatrice des
désirs occidentaux de la fin des années 70 et du début
des années 80. Elle a donné naissance à beaucoup de
séries qui trouvent aujourd'hui leur succès
(nécessité?). Dans les années 80, 2 autres séries sont
nées, deux soap operas : Les Feux de l'amour, Santa
Barbara (Dallas n'étant pas un soap!). Les années 90
ont vu naître Beverly Hills. Je crois qu'il y a une
grande différence entre les séries d'hier et les
séries d'aujourd'hui, sur le plan de leur fonction
sociale (je n'amalgamerai pas la fonction sociale et
la fonction commerciale ou audimat). Idiotement, je
dirais qu'il y eut des séries de "propagande" et
d'autres, de "résistance timide ou résignée, tuée dans
l'oeuf" (parce que soumises aux contraintes de
production ou encore dûe, et plus probable, à une
auto-censure de leurs auteurs). La question qui
m'intéresse, je veux dire la première qui me vient,
est : Qui a fait Dallas? Qui sont ces personnes? ces
scénaristes, ces producteurs? Qui écrit Dallas en
pleine guerre froide? Dallas est une série
hollywoodienne. Les séries d'aujourd'hui sont écrites
à New York. Il est très clair que les séries
d'aujourd'hui sont écrites par de jeunes démocrates de
30 ans, qui ne trouvent pas assez de boulot dans le
cinéma indépendant. Les séries d'aujourd'hui racontent
nos vies, l'imaginaire y est limité, voire inexistant.
Les séries d'aujourd'hui nous rassurent, nous
sécurisent. Elles ne suscitent aucun désir, ce n'est
pas leur fonction. Dallas avait, je crois une fonction
beaucoup plus douteuse. Quelle était la fonction
politique des pièces de Racine? pour qui les
écrivait-il? Pour qui Dallas existe-t-il? les
Américains? les autres? Dallas ne propose pas encore
la décadance des fins de siècles, Six Feet Under s'en
approche à la fin des années 90, et aujourd'hui Heroes
suscite l'espoir des débuts de siècles. Serait-ce un
retour à l'imaginaire? En tous cas, il va bien
falloir. Les mythes se transforment, ils changent de
fonction selon le contexte politique. Les héros de
Dallas étaient des modèles à suivre ou à ne pas
suivre, aujourd'hui les héros des séries, c'est nous.
Nous, les héros...
Il me semble qu'il faille "humaniser" la recherche, en
ce sens, qu'il faut d'abord savoir qui, pour
comprendre pourquoi. S'inclure dans le lot, humble, et
s'engager à se positionner émotionnellement, ne pas
seulement donner une pensée, mais aussi un mouvement
physique et généreux, parler de soi.

Arnaud Pirault (Metteur en scène et directeur artistique du Groupe en Fonction à Tours)

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Mardi 4 décembre 2007

Je ne résiste pas à vous livrer quelques commentaires : moi j’ai (vraiment) regardé Dallas, et aussi Dynastie qui s’est installée dans la foulée comme son concurrent en totale surenchère : plus de fric, plus de sexe, plus d’intrigues, plus de tout, faisant rapidement paraître Dallas comme cheap et déjà ringard ! Puis il y a eu Côte Ouest, Santa Barbara, même les Feux de l’Amour ou Amour, Gloire et beauté (dont la référence dans « Journal intime » de Nanni Moretti témoignait déjà à l’époque d’un phénomène collectif touchant toutes les CSP – phénomène constant et à toute échelle, par exemple aujourd’hui, vous pouvez trouver nombre d’ « intellectuels » se pâmant devant Plus belle la vie…)

Petite, je regardais sans recul, parce que c’était le week-end avant « Droit de réponse », que j’étais chez mes grands-parents, moins circonspects que mes parents vis-à-vis de la télévision… j’ai d’ailleurs également beaucoup vu « au théâtre ce soir » mais c’est une autre histoire !

Ensuite, plus grande, je regardais toujours, en admettant que c’était « nul », mais avec un vrai plaisir que je prenais comme tel, sans analyse donc toujours sans vrai recul.

Aujourd’hui je ne regarde plus (j’en regarde d’autres) mais trouve ça formidablement intéressant car j’ai les moyens d’un méta regard, auquel on peut ajouter le goût du vintage, la nostalgie de l’enfance, l’affectation snob etc.

Avec son côté original et fondateur, Dallas conserve une force de rémanence sans égal ; des personnages sont devenus des figures, la série a généré des références collectivement partagées (JR le méchant puissant, Pamela et son coupé Mercedes, Cliff le looser, Lucie la pauvre fille…) et des répliques comme « Sue Ellen tu es saoule » sont courantes en tous milieux…

L’analyse de l’objet est pertinente (dimension politique et sociale incontestable – les séries TV sont les meilleurs témoins d’une époque car elles sont quasiment affranchies de la notion d’Art qui implique souvent une mise à distance, un recul et une conscience que les impératifs de production massives contraignent d’éviter ; elles contiennent donc en creux du descriptif sa critique sans être nécessairement critique dans l’intention) mais les écueils nombreux, notamment sur la question de l’intentionnalité, la conclusion me paraît synthétiser la question à éviter à tout prix : « ode ou critique ? La question reste ambiguë » ; pourvu qu’on ne se la pose pas, car là n’est pas l’enjeu !

C’est un projet difficile et passionnant ; ces considérations n’engagent que moi, évidemment – faut dire que si la cible est large, j’en suis bien au cœur.

Laetitia Padovani  (Assistante de direction du Théâtre Gyptis à Marseille)

 

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Vendredi 14 décembre 2007

Je n’ai aucune étrenne – à vous offrir : que l’abandon.

Plus de passion.

L’alcool saoule – l’alcoolique boit – la boisson vide – je     viens vers toi...

Mon verre se vide – mon verre est plein – de cette       boisson j’en fais le plein

mon verre se vide, plus de boisson, mon verre se vide, et puis soudain…

vient l’abandon.

 (...)





Ainsi débute la complainte de Sue-Ellen.
L'écriture est en chantier; elle a vu le jour au théâtre des Argonautes, la dernière semaine de juin 2008.
Il s'agit d'un monologue qui aborde la figure de Sue Ellen en frottement avec l'actrice Linda Gray qui l'incarne dans la série.
Elisa Voisin qui joue déjà Sue Ellen dans la pièce prendra ce travail en charge en collaboration avec l'auteur et metteur en scène Charles-Eric Petit, pour réaliser cette petite forme de 30 minutes environ, que nous proposerons comme satellite à "Notre Dallas". Cette forme légère pourra être donnée conjointement au spectacle, aussi bien dans des petites salles que dans des appartements. Une création est en projet avec le théâtre des Bernardines pour 2009/2010. A suivre.
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Dimanche 16 décembre 2007


Nè un 15 juillet à 9 heure du matin en banlieue Parisienne, Comédien, Musicien (auteur, compositeur, guitariste et chanteur sous le pseudonyme de Oliver Night ), Metteur en scène du Collectif Kati Bur.
Je Vis et je travaille à Marseille.


Fonction dans le projet:
Comédien (JR) - responsable du travail musical.




Commentaires:
This is Radio Dallas, Let's enjoy to the great Dallas Hayride... On ne refuse pas Dallas, ça ne se refuses pas pour un acteur un projet comme ça, ça ne se refuse pas un rôle comme celui de JR, il déboule dans ma vie comme avant ont déboulés d'autres rôles de la grande tragédie. et me voila embarqué dans cette histoire et Il en va de la tragédie de JR, comme des tragédies de  Shakespeare, Ibsen... Alors peut être ne l'ont ils pas fait exprès les scénaristes de la série, peut être le décor du monde, le petite histoire les a rattrapés, dépassés mais voila qu'au panthéon des grandes tragédies du monde, ils côtoient maintenant Anton, William, Henrik...  Car Dallas : C'est aussi une histoire de fantômes pleine de bruit et de fureur, une histoire incestueuse où l'on tue le père, une histoire de pouvoir qui devient universelle en partant d'un bled au trou du cul du monde du Texas et qui a cause de quelques puits de pétrole vont faire et défaire et défont encore la grande histoire du monde. Alors oui quel plaisir pour un acteur de faire entrer sur un plateau de théâtre ce qui d'usage n'y a pas sa place... car Dallas atomisé par des "intellos" c'est presque une faute de goût, presque une anomalie politiquement incorrecte, dans notre monde de bon goût consensuel, il est sans doute plus facile de monter la 1000em version de l'année des 3 soeurs, où d'Hamlet que d'imposer notre vision et notre partage du monde en stretson et en santiags.  Charles Eric va réécrire la petite et grande histoire pour nous, avec nous. Il m'a demandé de m'occuper (en plus du rôle de JR) de la musique alors j'ai imaginé Radio Dallas où la chansonnette country, le gospel et le rockabilly vont se côtoyer. Seront convoqués à cette grande messe un peu de tous les péchés du monde, un peu de tous :  Les prédicateurs d'apocalypse, les prêtres évangélistes milliardaires, les chants des esclaves de la Louisiane, les "rent a party "de la grande époque du blues de Chicago, un peu de toutes les créatures de Russ Meyer, Oui ! Un peu de tout ça pour faire danser les auditeurs et les spectateurs de Radio Dallas mais surtout pour faire danser et s'entretuer tous les Bobby, Sue Ellen, Pamela, JR de la terre... Radio Dallas sera notre grand confessionnal du monde, un petit orchestre (Guitare, basse, batterie) y chantera, murmurera, jouera en direct les sitcoms, distillera les intrigues, les complots, les coups bas, les indiscrétions. C'est l'idée de Radio dallas. On verra bien, Vivement qu'on dégaine nos guitares et qu'on les accordent ! Vivement les premières répétitions !

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Mercredi 19 décembre 2007


comédien, membre actif de la compagnie l'Individu

Né en 1980 dans la campagne champenoise, fils d'ouvrier, petit fils de bouchers-charcutiers-éleveurs, et de tailleurs de pierre,je constitue mon arbre généalogique à l'âge de 14 ans. Sinon mon enfance un peu solitaire s'est plue au milieu des champs, des forêts, des rivières... Je grimpais en haut des arbres pour leur chanter des chansons et leur promettre que je ne quitterai jamais jamais la Nature.
C'est pendant mes études de Lettres que je choisis le théâtre. Je me forme dans les Classes de La Comédie de Reims, puis à l'ERAC, et je participe, avec Charles-Eric et Elisa, à la création de la Compagnie l'Individu en 2005.



Fonction dans le projet:
Je vais jouer le personnage de Bobby Ewing, celui qui porte le discours le plus propre en apparence, le regard le plus apparemment convenu et lisse sur le monde, la bonne parole. Bref, un peu trop beau pour être simplement honnête. C'est d'ailleurs le "jeune-et-beau" de la famille, et aussi pour cette redoutable raison, je pense que ce rôle contient plein de choses à jouer.
Je vais jouer aussi Kit Mainwairing, le mari de Lucy, le mari d'un seul jour...


Commentaires:
J'ai très vite détesté la télé, parce que ma mère la regardait trop. Le premier souvenir que j'ai de Dallas, et quasiment le seul, c'est de voir Bobby apparaître dans Côte Ouest, la série faite à partir de la vie dans l'ouest de Gary, le frére de Bobby et JR. N'y comprenant rien,( le meme acteur, jouant le meme personnage dans une autre série..), c'est ma mère qui m'explique alors l'astuce. Mon premier souvenir de Dallas, c'est donc Bobby en visite dans Cote Ouest: j'apprends alors l'existence de Dallas par ma mère. Pourtant je savais que j'avais vu Bobby le musclé dans sa série, dans son ranch, dans son cadre naturel. Un peu comme on sait avec conviction que Charles Ingalls a construit sa maison, ou que le panda vit dans les arbres ou  que Leclerc, c'est les magasins "où la vie est moins chère". Bref, c'est dans notre imaginaire collectif et nous en sommes remplis-nous-débordons-la-coupe-est-pleine. Bref, les mythes se véhiculent en nous, se transmettent de génération en génération et c'est en cela qu'ils sont mythes. C'est ce qui m'interesse: porter un regard nouveau sur une figure qui parle au plus grand nombre et tenter de mettre en rapport l'universel avec l'individu, l'intime. Ou quelquechose dans ce goût-là.
 Et enfin le travail sur la musique des années 50 m'enchante! J'aime chanter, et ce répertoire là particulièrement.
Let's hear the music on Radio Dallas!


Par L'individu - Publié dans : Qui est là?
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Mercredi 2 janvier 2008

undefined "Notre Dallas", à l’instar de la série, s’inscrira dans la tradition épique, davantage comparable aux épisodes d’Homère qu’à une œuvre linéaire.

Ainsi, les 3 premiers actes de la pièce possèderont chacun leurs intrigues (directement inspirées de la série), qui se résolvent toutes avant la fin de chaque acte(cycle ou épisode).

Invariablement, les trois débuteront dans le cadre de cérémonies, et un élément viendra déséquilibrer et perturber le doucereux cosmos familial.

Les 3 actes seront ponctués de scènes oniriques qui dissiperont la narration.

 

Il y aura la présence d’un chœur (dont la fonction reste à interroger dans les détails), dont le rôle principal sera de donner des clefs pour accompagner l’action narrative. Il s’agira d’un chœur contemporain (certainement nous-mêmes) – écrit sur le modèle du chœur antique – un chœur d’anonymes – communauté radiophonique inspirée des radios du Sud-Louisiane des années 50. 

 

Il y aura aussi, bien sûr : les figures protagonistes (JR, Bobby, Sue Ellen, Pam…), des noms qui résonnent autant par leurs caractères que : Médée, Richard III ,ou encore Clytemnestre… dont ils sont certainement les héritiers.

Ainsi, la fin de l’acte 3 (la tempête) sera écrite sur le modèle de la fin d’Agamemnon, où Sue Ellen et Cliff exultent, pleins de vengeance.

Dans le quatrième Acte (qui pousse la forme onirique), JR et son fils, John Ross, iront parcourir le monde contemporain en y croisant différentes figures déchues du capitalisme. Ils seront comme des fantômes. Rencontre souhaitée du mythe et de la politique.

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Vendredi 4 janvier 2008
Comédien, ancien élève de l'ERAC à Cannes.

Fonction dans le projet:
Jouer le rôle de Ray Krebbs et celui de plusieurs "petits personnages".









Commentaires:
Pas de self-made-man, bullshit !

Mes cellules n’ont pas attendu ma naissance pour s’empiler les unes sur les autres et former l’homme que je suis.

L’entassement a commencé il y a bien longtemps.

J’ai cherché, enfant, dans le "petit chimiste" : comment séparer les séparer les nuages, à trouver mon ciel.

J’aime Giacometti, son acharnement à dénicher la matière de sa gangue étouffante, à sortir l’homme de l’homme, au trajet, au trajet infini de ses marcheurs… qui se quittent et se cherchent.

 

Chaque seconde qui passe est une suite et en même temps : un commencement.

Je suis déjà le fantôme que ce que j’étais en commençant cette phrase !

 

Qui est-là ?

Ce que j’accepte et ce que je refuse.

 

Je suis de la famille. Je suis issu d’elle. Je suis elle et (s’il vous plait) je veux bien être autre chose aussi !

Ma famille, c’est toutes ces phrases :

Héritage…

Succession…

Patrimoine…

Tu dois en faire quelque chose…

Dans la vie, il faut faire des coudes…

Si tu ne marques pas, t’encaisse…

Je me fais du souci pour toi…

Cuisine…

"Couscous", "melojilla", "pasta", "fricassé", "café", table, salon…

Bois pas trop de Coca avec le couscous, ça fait gonfler la graine, après t’auras plus faim…

Il faut finir ton assiette, tu sais, il y a des enfants qui meurent de faim. Fais moi plaisir, finis !…

Alors, ça t’a plu ?…

C’est vrai, tu viens nous voir à toutes les morts de pape…

Je me fais du souci pour toi…

        J’aimerais que tu y arrives avant…

        Avant quoi ?

        Avant que l’autre, là-haut, y me cloue la "bajuge"…

Passer l’arme à gauche.

Regarde, moi, quand j’étais jeune…

Fier comme un coq !

Tu es la hante de la famille !

Palazzotto : deux "z", deux "t", quatre étages!

Je vais te dire. Tu veux que je te dise ?

« Nous partîmes cinq cents »…

« Il était un roi de Tulée ! »…

C’est ton portrait craché …

Myope comme ton père…

Pas de politique ! On ne parle pas de politique à table !

Exil…

Répétition…

Loyauté…

Fidélité…

Rituel…

Les hommes parlent, les femmes préparent le café.

Un jour, je me suis levé et je suis allé en cuisine faire le café.

Un jour, j’ai dit à mon grand-père Gino que je ne serai jamais une star.

Un jour, j’ai arrêté le sport ; stoppé la compétition.

Plus tard, je me suis aperçu qu’elle était toujours là dans ma tête (la compétition).

Plus tard, j’ai souffert de ne pas être une star.

Un jour, mon grand-père Gino m’a offert sa montre. Je n’en ai pas voulu car j’ai cru qu’il commençait ainsi à se retirer.

Plus tard, je l’ai acceptée.

Plus tard, je l’ai perdue.

« à donf sur la piste, le bobsleg ne sortira jamais du tube »

 



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Jeudi 10 janvier 2008
undefined Eclairagiste, régisseur lumière.
Né en 1979 en Provence, déraciné à Paris depuis 2001 Membre intermittent de la Compagnie L'Individu



Fonction dans le projet:
Mettre en lumière le dit projet.
Faire en sorte que le spectateur voie.
Décider de ce qu'il voit, devine et de ce qu'il ne verra pas.
Assistant à la mise en scène sur la période du Gyptis.







Commentaires:
Dallas pour moi, c'est le souvenir ému du poste de télévision réunissant autour de lui toute  la famille en ces longues soirées dominicales, qui se prolongeaient par 7 sur 7, une soupe et le JT de déjà PPDA. Dallas  est donc associé à une odeur (celle de légumes mijotant pour le potage vespéral), et à une lumière (celle entre chiens et loups des soirées dominicales d'hiver) ainsi qu'à une voix, celle du grand chanteur du générique, ce dit générique qui certainement est celui qui m'a la plus marqué à la télévision car je pense encore en connaître l'air et les paroles.
Je n'ai jamais revu d'épisode depuis cette lointaine époque, aussi n'ai-je en mémoire qu'une ambiance, des couleurs, en tous les cas rien de précis.
Il me tarde donc d'entamer le travail de plateau avec toute l'équipe pour que nous donnions notre identité à ce mythe collectif qu'est Dallas.
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Samedi 19 janvier 2008
Comédienne,  né en 1983, ancienne élève du CDR de l'ERAC à Cannes

Fonction dans le projet:
Jouer le rôle de Lucy Ewing, fille de Gary Ewing.




Commentaires:

Angoisse de petite fille :

      -      Papa, ça va ?
-         Mais oui...

Le bébé de la vie, l’étoile de ma mère...
Je suis sa première brique !

Papa et maman sont des amis qui s’aiment d’un Amour qui les dépasse.
Papa, papa, pauvre papa... à 23 ans tu aurais un enfant que tu n’élèverais pas ? Non !
Alors un jour de grand deuil, tu épousas maman. A la mairie, personne, juste deux témoins (comme l’exige la loi) : ton disquaire et le patron du bar.
Quand vous rentrez, la famille non conviée à tout de même fait parvenir des fleurs… L’appartement en est recouvert.

Photo de Maman, princesse déchue, pleurant dans les lyses...

Alors, enfant, je rêve d’un mariage à l’église - d’une fête magistrale ordonnée par l’Amour.

Maintenant que j’ai grandi, je ne veux plus me marier.

Le mariage n’a de sens que pour les croyants, et je ne crois plus en Dieu.
Je pense que le sacré, en toutes choses, se fiche bien d’un amour dans les lois – l’Amour se fiche bien des règles établie pour se laisser saisir, domestiquer… Lui, l’Insaisissable, le Sauvage…

NB: "Notre Dallas" débute par l'épisode du mariage de Lucy. Celui-ci tourne court quand elle apprend que son futur est homosexuel...


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Mercredi 20 février 2008

           C’est chargé d’envie et d’interrogations variées que le groupe de « Notre Dallas » se rend au 3bisf, lieu d’art contemporain situé à l’intérieur de l’hôpital psychiatrique Montperrin à Aix en Provence, qui nous accueille durant une semaine afin de mener à bien les répétitions d’une part, et les ateliers quotidiens d’autre part.

            Le soleil de janvier et les questions se confondent de même que l’impatience et la nervosité : comment engager le travail ? Quelles sont les personnes que nous allons rencontrer ? Parviendrons-nous à assurer un atelier, de trois heures quotidiennes, de façon satisfaisante ?

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        Après une brève visite des lieux, nous est présentée l’équipe pluridisciplinaire ayant en charge la venue et l’encadrement d’une troupe de théâtre en les murs. « Il ne s’agit aucunement d’art thérapie souligne Claude, éducatrice spécialisée, il n’y a donc pas de rapport soignant/soigné, les patients ne sont pas tenus à des obligations : viendront à votre atelier ceux qui le souhaitent ». L’atelier en question débute l’après-midi même. Juste le temps pour nous d’installer le matériel musical dont nous aurons besoin afin de créer le « Dallas band »: batterie, guitares, micros traditionnels et micros qui déforment la voix.

Découverte de la cantine de l’hôpital.

           




Pour la semaine qui s’annonce l’enjeu est double rappelle Charles-Eric : faire travailler l’équipe nouvellement constituée de « Notre Dallas » afin de poser les premiers jalons de la création à venir, tout en incluant l’atelier théâtral dans le travail même, autour des thèmes de la pièce que nous montons.




SEANCE 1

           
          Cette toute première séance s’ouvre par une discussion que nous initions. Pourquoi Dallas ? Que cela évoque-t-il en chacun ?

            Dès l’abord, nous constatons que la dizaine de personne réunie, réagit avec passion à la mention de la série Dallas. Ceux qui n’aiment pas naturellement, ceux qui adorent. Et plus étonnant, ceux qui ne connaissent pas mais dont l’imaginaire contient pourtant de référents explicites à la série.

Charles-Eric d’expliquer la généalogie complexe de la famille Ewing.

Les réactions fusent :

CELIA : On en parle beaucoup dans la famille ; rien qu’avec la musique on a envie de chanter.

BEATRICE : Ma mère regardait tout le temps mais elle avait presque honte parce que je lui disais « comment tu peux regarder ça ? ». Dallas avant c’était mal maintenant Télérama dit que c’est une bonne série, preuve qu’on doit pas se fier à Télérama.

CHARLES : Derrick c’est mieux, il a une BMW.

CHARLOTTE : Moi, je me souviens surtout du mariage de Bobby et Pamela et du moment où ils ont eu Christopher, leur fils.


Rapidement et grâce aux souvenirs collectifs exprimés, sont tracés à gros traits les portraits des protagonistes de Dallas :

Lucy = la petite peste au mariage raté, fille du fils raté.

Bobby = le beau, gentil.

J-R= le méchant au chapeau

Sue Ellen= l’alcoolique

Pamela= l’étrangère gentille


Le reste de la séance se déroulera de la façon suivante : Guillaume prendra en charge un échauffement préalable au travail dirigé par Charles-Eric.

Selon un tableau savamment concocté, chacun d’entre nous reçoit un rôle dans la série en fonction de son signe astrologique.

Des feuillets contenant des slogans publicitaires ou des dialogues de la série Dallas sont distribués.


EXERCICES :

proposer trois gestes pour représenter un héros de son choix.

Apprentissage de trois gestes précis, chaque geste reçoit un nom : double jeu, connivence, défi.

En ronde, communication, élaboration d’un dialogue simplement avec les gestes susnommés

Adjonction d’une phrase d’un poème appris lors de l’échange gestuel

histoire d’un objet : chacun ayant amené un objet de son quotidien, nous procédons, deux à deux, à un échange. L’un raconte l’histoire de l’objet de l’autre comme s’il s’agissait du sien.

Sont dits les slogans publicitaires par groupe de deux. L’un des gestes appris, le plus approprié doit être exécuté en même temps que le slogan est prononcé.


Charles-Eric précise, et nous le redirons toute la semaine, qu’existe une petite estrade et un micro où à tout moment si l’on y monte, on peut interrompre l’atelier pour chanter une chanson.




SEANCE 2

            Rassurés par la séance de la veille, incroyablement riche, nous sommes davantage détendus. Le groupe du mardi n’est pas rigoureusement identique, certains nous ont prévenu de leur absence et nous décidons d’entreprendre la discussion introductive de la veille dans la cour qui fait face à la salle afin de profiter du soleil.

De nouveau, la question de Dallas ne laissent personne indifférent.

JEAN-ALAIN : J’ai regardé Dallas quand ça passait pour avoir un avis et je trouve que la glorification du rêve américain c’est malhonnête. Je me rappelle de Bobby : Bobby, c’est l’homme dauphin, c’est un crétin ; attention, faut aussi se méfier de J-R, sous son chapeau, il est très fourbe.

CHARLOTTE : Moi, j’ai regardé tout le temps jusqu’au bout...

LUCILLE : Dallas, moi, je déteste, mais bon, comme on travaille dessus j’aimerais bien aller voir « ton univers impitoyaaaable ! »

CELIA : Je me souviens surtout des rôles. Je ne me rendais pas compte que le monde pouvait être si violent dans les mots, c’est Dallas, c’est un tout, ça m’a fait prendre conscience des réalités. Mais quelqu’un qui gagne peu peut aussi être heureux.

CLAUDE : Je ne connais rien du tout eu théâtre ni à Dallas, mais je suis intéressée par le projet : pourquoi et comment est-on happé par le phénomène ?

TONIN : Je ne sais plus si j’ai vu la série ou si je me suis inventé des souvenirs quand j’étais chez mes grands-parents et qu’ils regardaient la télé.

MANU : Quand j’étais petit, j’étais fanatique de Dallas. Le premier épisode est passé en France le samedi 24 janvier 1981. Un autre épisode important : « Qui a tiré sur J-R ? ». Maintenant je trouve que voir mille fois le même épisode c’est lassant.



ECHAUFFEMENT

EXERCICES :

trois gestes d’actrices des années 50 pour les filles, trois gestes de cow-boys pour les garçons

 on passe un par un, puis toutes les filles ensemble, idem pour les garçons, puis passage mixte

Jeu avec les gestes appris la veille, Madalina propose de les dévoyer

Chacun raconte où et quand il prit connaissance des évènements du 11 sept 2001




SEANCE 3



LUCILLE (est J.R), elle se métamorphose et prend une position assurée :

Tout s’achète donc tout se vend. Combien ? Ca dépend du prix qu’on met.

 J’enlève jamais mon chapeau même pour dormir.

J’ai sorti un bouquin « Comment devenir milliardaire en 56 leçons ? », c’est sorti chez Dallas Provence.












linda-gray.jpg BEATRICE (est Sue Ellen), elle s’évente frénétiquement le visage avec un journal qu’elle tient comme un éventail. Jambes croisées :

Ce que j’aime dans la vie, c’est la vie justement.

La vie en rose, c’est simple, ça me trottine dans la tête.

C’est pas facile d’habiter Dallas, c’est aride et sec.

J’aimerais vivre dans une utopie.

Avez-vous déjà eu la vie en rose ? En fermant les yeux.

Nous demandons à Béatrice de quelle manière elle a procédé pour demeurer crédible et cohérente : « C’est un stéréotype, une mosaïque de bouts de merde que j’ai faite, c’est comme dans la vie, on fait semblant, faut rester cohérent sinon on se fait enfermer. »






MADALINA qui joue le rôle de Pamela répond aux questions sous le masque de son personnage. Elle fait montre de froideur et d’une volonté de se faire aimer en dirigeant diverses associations caritatives à Dallas.

Bobby est un homme magnifique qui assume ses responsabilités, il lui arrive même de prendre du temps pour sa famille ce qui est rare pour les pétroliers

Les trois qualités d’un homme doivent être la force, la générosité et la responsabilité ; il doit également se montrer tendre et attentionné.

Une femme quant à elle doit être une bonne épouse, une bonne mère, c’est à dire être à l’écoute de sa famille, se donner entièrement à elle quand elle en a besoin.






OLIVIER et CHARLES, se mettent tout à tour dans la peau de Ray. Si Olivier, très crédible, prend l’accent populaire et nonchalant d’un garçon de ferme « oui, m’dame » Charles devient un régisseur du domaine avisé.

La famille Ewing, c’est une famille dans laquelle y’a toujours des histoires, d’argent, de jalousie, etc. Ils ont un côté m’as-tu-vu.

En tant que régisseur du ranch faut tout le temps être là parce qu’il peut tout le temps y avoir des problèmes.

Ce qui intéresse les employés bien souvent c’est d’aller faire les cons, alors c’est normal de les virer.

J’ai une vingtaine de personnes sous mes ordres sans compter les saisonniers.

Pour les gens comme nous, on peut pas se dire  « ah ! C’est le dimanche, alors on fout rien », je suis toujours à disposition.

Ce qui m’intéresse c’est de dépendre de personne, c’est bien d’être son propre patron, y’en a qui naissent patrons, d’autres employés, c’est un peu ça la vie.

Quand j’étais petit garçon je rêvais de faire un travail en rapport avec la nature.

Je suis un cow boy, j’ai un cheval qui s’appelle Pégase.

Y’a du bruit et des voitures, j’aime pas aller à Dallas.

Je suis pas marié, j’ai pas d’enfants : je suis avec mes animaux, c’est moins compliqué que leur famille, dans le ranch.

Croyez-vous en la réincarnation ? La vache, moi j’en sais rien.

JEAN-ALAIN (en J.R) :

Tous ces termes moraux, moi j’m’assois d’ssus.

Moi, j’suis dans la religion du plus fort, et en ce moment le plus fort c’est moi !

On pense que j’suis égoïste alors que j’suis, c’est c’que j’pense, vachement généreux. Vous connaissez l’histoire de l’enfant à qui on demande s’il connaît la définition d’un égoïste, il répond « oui, un égoïste c’est quelqu’un qui pense pas à moi ! »

J’ai une clef qui ouvre un coffre fort qui contient de l’argent pour les hommes, des bijoux pour les femmes et des sucettes en or pour les enfants.

 


SEANCE 4 :


            Le groupe participant à l’atelier est à présent constitué et relativement stable. A chaque début de séance, installés en cercle, après l’échauffement proposé par Guillaume, chacun fait le récit d’un exercice des jours précédents à destination des nouveaux venus.


EXERCICES :


Kevin prend en charge un exercice d’improvisation « rois et reines ». Il s’agit d’incarner silencieusement un roi victorieux revenant de dix ans de campagne pour annoncer la victoire à son peuple ou une vieille reine noble mais fatiguée qui arrive jusqu’à son trône pour s’entretenir avec ses conseillers.

Dans un second temps, toujours dans la peau d’un roi ou d’une reine, nous procédons au jeu de l’interview.

Lecture d’une scène transcrite de la série Dallas « dans la paille »



SEANCE 5


            C’est la dernière séance. Olivier dirige les échauffements, proposant différents exercices : tourner autour du cercle préalablement formé et regarder la nuque de chacun, puis se positionner silencieusement quelques instants à côté de la personne de son chois juste afin de sentir sa présence avant de retourner à sa place. Choisissant certaines phrases de Dallas « Sue Ellen à encore bu, c’est ça ? » et suivant les procédure du téléphone arabe, nous faisons circuler cette phrase, nous la passant les uns les autres sur des intentions différentes.



EXERCICES


A partir du texte de Dallas , ont lieu des scènes qui seront commentées par une sorte de choeur au micro, voix déformées et voix chuchotées.....

Etc.

Madalina propose un exercice de rires avant de se quitter



CONCLUSION


            Pour nous, l’équipe de « Notre Dallas », le bilan que nous tirons de cette incroyable semaine est extrêmement positif. Les ateliers du 3bisF ont permis de fédérer le groupe très rapidement ainsi que de mettre en relief les lignes de force du projet, ses intentions et ses enjeux.

Nous avons constaté que la série Dallas, apparaissait à de maints égards comme un écran catalysant une mémoire collective et individuelle. Loin de se fonder sur la série, ce sont les fantasmes et les projections, les souvenirs et les envies des gens qui nous sont révélés. C’est un vecteur d’humanité et de parole éminemment fécond dans lequel on retrouve toute la subtilité et la complexité des rapports à l’Autre qui oppose un démenti magistral aux tentatives réductrices de notre quotidien.

Déplacer le curseur culturel en parlant de Dallas permet de trouver la culture là où on la croyait ou pouvait la croire inexistante.

Aussi, nous éprouvons au travers de cette semaine, que se servir d’un substrat d’imaginaire collectif s’avère jouissif. Le théâtre n’est pas celui des seuls intellectuels et des institutions, c’est le populaire qui s’est emparé de la série, ou l’inverse, peu importe d’ailleurs, avec une telle prégnance qu’on en mesure, aujourd’hui encore, l’intensité et la teneur émotionnelle en charge.

Dallas : de la commémoration à la remémoration intime et commune, fonctionne comme une amulette aux souvenirs, une madeleine de Proust car notre propos interroge la Télé du côté de ceux qui la vive, c’est à dire qui vivent avec. Souvenirs partagés avec les grands parents, échanges et/ou effusions familiales autour d’une série qui assemble, rassemble, les discussions passionnées souvent entre ceux qui aiment et ceux qui détestent.

En bref, nous avons travaillé sur cet outil de mémoire si incroyablement neuf et pourtant vieux, assimilé déjà, qu’est la télévision et l’impact du télévisuel dans l’édification d’une mémoire collective, apprenant et découvrant les gens à travers le prisme changeant de Dallas, de Notre Dallas en maturation, questionnant ainsi notre pratique et notre pensée artistique.



Rédaction : Kevin Keiss



Par L'individu - Publié dans : Compte rendu 3bisf
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